Prévenir et manager le risque alcool

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L’attitude à adopter au cours de l’entretien

Pour mener à bien un entretien de ce type, l’encadrant doit connaître les principes psychologiques élémentaires et se montrer cohérent avec le règlement et la politique générale de la collectivité en matière de risque alcool.

L’approche globale

On ne peut pas réduire une personne à un comportement ou à un symptôme : il faut savoir sortir d’une image médicale ou psychologique. Un individu n’est pas seulement « dépressif » ou « alcoolique », c’est une personne qui a une place dans une équipe, qui a des fonctions, qui a des relations, qui a une famille, qui a une histoire. Il faut donc savoir, par rapport à ce point, sortir du registre de la normalisation et de la moralisation. Il convient donc de ne pas dévaloriser la personne en la jugeant, en lui faisant la morale. L’encadrant doit savoir limiter son discours à la prise en compte des faits observés, de ce qui a pu se passer dans la sphère professionnelle. En refusant de s’inscrire dans le déni de la situation, on peut instaurer un espace de dialogue.

L’écoute

Pour établir un véritable échange, il est nécessaire que l’encadrant écoute ce que l’agent a à dire. Il ne s’agit pas de parler de lui mais de parler avec lui. Manifester un désintérêt aussi bien face à la situation que face à ce que les collègues peuvent exprimer, manifester du rejet, sont des attitudes qui ne permettent pas d’instaurer un dialogue.

Lors du dialogue, un certain recul est nécessaire pour ne pas tomber dans la compassion, dans les sentiments, ce qui rendrait plus difficile la possibilité d’aborder les problèmes rencontrés. Le respect de la personne en difficulté est une condition importante pour pouvoir lui proposer une aide.

Le contrat moral

Il n’est pas question d’exercer sur l’agent une forme de chantage qui ne lui laisserait finalement aucun choix. La notion de « contrat » engage la responsabilité de la personne, ce qui est différent et plus valorisant. On ne peut pas responsabiliser une personne vis-à-vis de ses actes et de son comportement en la surprotégeant, en l’infantilisant ou en se mettant « à sa place ». Il faut responsabiliser l’agent pour lui permettre de s’approprier sa vie. De même, ne pas faire respecter la loi ou le règlement pour « protéger l’agent » n’est pas non plus une bonne solution pour l’aider.

Les soins

Si l’encadrement propose une aide médicale ou psychologique à un agent en difficulté, il est important de pouvoir respecter le rythme propre de cette personne. Vouloir aller trop vite, désirer des choses à la place de la personne, génère souvent un échec. Il est nécessaire de lui laisser le temps et sa place dans une démarche de soin, pour ne pas la déresponsabiliser, pour lui laisser faire ses choix et la rendre actrice du projet.

La confidentialité

C’est une notion essentielle à prendre en compte pour l’encadrant. Les occasions de révéler ce qu’un agent a confié lors de l’entretien peuvent être nombreuses, notamment auprès de l’entourage professionnel qui peut poser beaucoup de questions pour savoir ce qu’il en est de la situation. Le risque est alors de voir l’agent en difficulté se taire car il n’a plus confiance en son interlocuteur. Lorsque plusieurs personnes sont amenées à accompagner un agent en difficulté, les informations transmises doivent l’être en toute transparence, et avec l’accord de la personne intéressée qui doit comprendre l’intérêt de communiquer des informations à différents professionnels.

Principes de base

  • Un rapport problématique à l’alcool est un phénomène fréquent. L’encadrement ne doit pas enfermer une personne dans une catégorie arbitraire et lui coller une étiquette.
  • Les représentations qu’on a des personnes en difficulté avec l’alcool interviennent dans notre manière de « gérer » le problème. Il est donc nécessaire d’avoir un minimum de connaissances sur le sujet pour établir un dialogue avec l’agent comme il est, et non pas comme on peut l’imaginer.
  • Nous avons tous un rapport différent à l’alcool, selon nos expériences et nos connaissances. Il est donc important de ne pas juger, de ne pas se montrer moralisateur. Ces attitudes ne favorisent pas une relation d’aide. La personne que l’on rencontre doit être considérée comme un adulte responsable.
  • Aider quelqu’un ne signifie pas le sauver. L’alcool a une fonction particulière et il est nécessaire de savoir quelle place il occupe avant de vouloir définitivement l’éliminer, même si cette consommation peut être estimée comme problématique.
  • La cure n’est pas une solution miracle et ce n’est pas LA solution. La notion de temps est essentielle à prendre en compte dans l’accompagnement de la personne en difficulté avec l’alcool.
  • L’abstinence doit être acceptée par le buveur, elle n’est pas une fin en soi. Elle fait partie de cette démarche de soin, elle peut être un objectif, mais elle reste le choix de la personne.
  • La personne en difficulté est libre de poursuivre ou non une relation thérapeutique. Elle doit être considérée comme une personne responsable et doit pouvoir assumer ses choix et les exprimer clairement. La démarche de soin est longue et ne peut se faire sans la personne elle-même.
  • Il n’y a pas de solution miracle et il n’y a pas UNE solution. Il est donc nécessaire de rester humble en matière d’aide en alcoologie. L’encadrant ne constitue qu’un élément dans le processus qui va conduire la personne à quitter sa dépendance.

Références

Aider les alcooliques et ceux qui les entourent

D’après Kiritzé-Topor

Collection Abrégés. Editions Masson (2e édition, 2005)

Ethique en prévention des risques liés à l’alcoolisation

CRAES-CRIPS

Février, 2002
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