Prévenir et manager le risque alcool

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Gérer le retour d’un agent parti en cure

La réintégration professionnelle doit se faire de façon progressive, l’objectif commun étant de s’engager dans la durée et de prévenir les risques de ré-alcoolisation. Pour cela, l’encadrement pourra articuler son action suivant quelques axes majeurs : le respect de l’individu, l’environnement professionnel, le partenariat avec les différents acteurs et la légitimité de l’action.

La prévention

Après le retour de l’agent, l’action préventive ne doit plus intervenir sur le comportement (puisque l’on s’adresse désormais à un agent qui, théoriquement, est abstinent), mais doit se concentrer sur les représentations (la façon dont l’agent perçoit son parcours et son vécu subjectif). A ce stade, la personne doit avoir pris connaissance et/ou reconnaissance que son comportement vis-à-vis de l’alcool était pathologique. L’addiction traduit la compensation d’un manque, la satisfaction d’un plaisir par le recours à un produit symbolique et privilégié. La prise de conscience, par l’agent, qu’un tel comportement est pathologique est nécessaire à son engagement dans toute démarche de soin et de changement. L’encadrement doit donc oeuvrer dans une optique de consolidation d’un nouvel état conséquent de cette démarche de soin. Les différents objectifs de cette consolidation peuvent être abordés au cours de l’entretien organisé à l’occasion du retour de l’agent dans la collectivité.

Le respect de l’individu

L’encadrement ne peut aller contre la liberté individuelle de chaque agent : « Chacun est libre de ses choix, de ses convictions et doit s’engager volontairement dans un processus concernant sa santé. Nul ne peut l’y contraindre ».

A cette étape, à l’issue de la démarche de soin (supposée effectuée), le sujet est le seul à pouvoir choisir de s’inscrire ou non dans la démarche qui lui est proposée. L’encadrement doit donc recueillir l’accord de l’agent concerné, sauf, bien sûr, si de nouveaux risques surgissent (pour la sécurité, pour la santé, pour la protection des mineurs et pour l’ordre public). En cas de refus, l’encadrant ne doit pas se décourager et garder à l’esprit que l’addiction est un comportement où l’agent cherche à compenser un manque. Il va donc s’inscrire dans un travail où les enjeux ne sont pas seulement médicaux, mais aussi psychologiques, d’où la complexité de cette démarche et le risque « parfois nécessaire » de rechute. On se place ici dans une visée compréhensive plutôt qu’explicative.

Le respect de l’individu passe aussi par la confidentialité : « Sans confiance, pas de confidences, et pas de confiance sans secret ». D’ailleurs, il est utile de rappeler que « la révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d‘un an d’emprisonnement et de plus de 15 000 euros d’amende ».

L’environnement professionnel et socioculturel

L’environnement professionnel et socioculturel est à prendre en compte quand on parle de prévention du risque « alcool ». Il faut « identifier », appréhender le public auquel on tente de faire passer un message, sa culture, ses valeurs, ses codes. L’alcool a une fonction socioculturelle significative et constructive : identification culturelle, initiation des jeunes au statut d’adultes (rites de passage et période de vie où la prise de risque et la transgression des interdits sont nécessaires à leur développement, etc.), convivialité, socialisation, etc.

En effet, comment « travailler » (faire prendre conscience des risques liés à l’alcoolisation) avec des sujets qui ont des « valeurs » positives vis-à-vis de ce produit, par exemple ? Comment, dans une société marquée par le culte de l’individu et le désinvestissement des expressions collectives, peut-on « toucher » à l’alcool alors que sa fonction première semble être celle d’un « cicatrisant social » ? L’imbrication de différentes problématiques professionnelles peut induire un vécu spécifique. Comment peut-on se préoccuper de soi-même, de son corps, de sa santé quand il n’y a plus de place aux projets et une impossibilité à se sentir un « être en devenir » ? Cette dimension ne peut en effet être évincée de la démarche préventive compréhensive.

Partenariat multidisciplinaire et complémentarité

La constitution du groupe de travail autour de la prévention du risque « alcool » a un objectif commun : la prise en charge et l’accompagnement du sujet. Il s’agit de créer l’alliance nécessaire au bon fonctionnement du groupe, sachant que les professionnels ne présentent pas le même profil, les mêmes compétences (ce qui en fait d’ailleurs la richesse). On obtient ainsi des structures de prévention interactives et multidisciplinaires : médecin du travail, éducateur de la santé, assistante sociale, psychologue, DRH, etc.). Les actions de prévention qui en découleront nécessitent que les relations de confiance existent entre les intervenants spécialisés, des soignants, des acteurs éducatifs et sociaux. Chacun doit définir sa place, ses limites et reconnaître la qualification et la légitimation de l’autre, qu’il soit bénévole ou professionnel. Pour faciliter ce partenariat, on doit bien définir le cadre du groupe : qui définit les objectifs de l’action, ses modalités, sa programmation, car aucun ne peut légitimer ses fonctions de direction de prévention. Chaque collaboration entre les différents intervenants doit s’accorder sur des principes communs (charte, textes, etc.).

« L’éthique permet de s’accorder sur le fait que la prévention s’adresse à des sujets libres et responsables capables d’une vérité intentionnelle ». P. DESSEZ. CNDT

Selon le professeur FOUQUET (1966), à qui nous devons d’ailleurs le nom de cette science nouvelle qu’est « l’alcoologie », ce domaine concentre un ensemble de disciplines : psychiatrie, biologie, pharmacologie, criminologie, sociologie, psychologie, ethnopsychiatrie. Il s’agit donc d’une approche qui doit/devrait pouvoir passer par une mise en commun et une harmonisation de ces différentes disciplines dans le respect de la spécificité de chacun.

 

 

 

 


Références

Gestion des situations d’alcoolisation sur le lieu du travail/L’alcool au travail.

SFA-ISPA

Ethique en prévention des risques liés à l’alcoolisation

CRAES-CRIPS

Février, 2002

Recherches de l’ESTA

A.C. GIUST « Les comportements addictifs »ANPAA, 2001
Hotline prévention

Par e-mail

02 48 48 11 63