Prévenir et manager le risque alcool

Le déni

Le déni peut se définir comme le refus de voir la réalité. Tout être humain vit plus ou moins dans le déni : c’est un procédé psychologique de défense face à ce qui peut paraître inacceptable, insupportable. Le déni n’est pas spécifique à la consommation d’alcool mais il est très fréquent dans ce type de problématique.

Les différentes formes d’expression du déni

Le déni se présente sous différentes formes :

  • la banalisation (« ce n’est pas si grave », « tout le monde boit ») ;
  • la rationalisation (« c’est momentané, à cause du stress ou de la fatigue ») ;
  • l’isolement (« personne ne peut me comprendre ») ;
  • la projection sur les autres (« c’est à cause de ma femme/de mon mari, de mes enfants, du travail, etc. »).

Ces parades dissimulent l’évidence d’une consommation problématique d’alcool. Le déni constitue une carapace qu’il est nécessaire de percer en évoquant les appréhensions et les peurs. Le dépassement du déni permet alors d’aborder les difficultés rencontrées, pour aider la personne à sortir de cette dépendance qui la fait souffrir ou pour sortir d’une situation problématique pour d’autres personnes.

L’entourage et le déni

Autour de la personne en difficulté, on retrouve des « co-dépendants » (conjoint, famille, collègues, employeur, amis, etc.) qui évoluent parallèlement et qui réagissent en fonction des comportements de la personne alcoolique dans une attitude de complaisance qui, progressivement, peut devenir destructrice. Les attitudes de déni dans l’entourage se traduisent par une minimisation, voire une négation, du comportement de la personne qui s’alcoolise. Loin d’aider la personne, cette attitude laisse la problématique s’installer.

Le milieu professionnel et le déni

Au travail, l’employeur ou l’encadrant peut se situer lui aussi dans le déni. Plusieurs raisons sont possibles : pour être « tranquille », pour ne pas passer pour un manager incapable de régler certains problèmes, etc. De son côté, l’agent peut ne pas reconnaître les dysfonctionnements professionnels liés à sa consommation d’alcool à cause de la peur de perdre son travail, par exemple.

Le déni peut être une source de conflit et d’agressivité : face à la passivité dont a fait preuve la hiérarchie et/ou l’entourage professionnel, face à une situation où il était difficile pour l’agent rencontrant des difficultés avec l’alcool de prendre seul une décision, d’induire un changement, l’entourage a pu rester silencieux et provoquer la colère de l’agent lui-même ou de certains collègues. La meilleure façon d’éviter d’avoir à faire face à ce type de situation est encore de l’anticiper en restant cohérent et en intervenant rapidement face à une situation où la sécurité est remise en cause et légitime l’intervention des collègues et de l’encadrant.

Le rôle du déni

Le déni de la personne en difficulté dans sa relation avec l’alcool doit être respecté car il a une fonction. Il ne s’agit pas de faire avouer à tout prix à l’agent qu’il rencontre des difficultés à gérer sa consommation d’alcool. L’encadrant ne doit pas oublier que l’alcool est un produit auquel la personne est attachée parce qu’elle croit qu’il lui permet de s’affirmer et d’accéder à un relatif mieux-être.

Dépasser le déni

L’encadrant a le droit et le devoir de s’inquiéter de la santé de son agent, de l’ambiance et de l’efficacité de son équipe, de la qualité du service offert au public. Son objectif est que l’agent puisse se rendre compte que son attitude a des conséquences sur son travail ainsi que sur celui des autres.

Il faut du temps pour cela et il est nécessaire de nommer les faits, les situations, et de les rappeler si les difficultés persistent. C’est pour cela qu’il est plus important, pour l’encadrement, de se concentrer sur les difficultés observées dans la pratique professionnelle et l’aptitude de la personne à exercer ses missions que sur les causes de ses difficultés.

 

Références

Aider les alcooliques et ceux qui les entourent

KIRITZE-TOPOR

Collection Abrégés. Editions Masson, 2005

Ethique et prévention des risques liés à l’alcoolisation

CRAES

CRIPS.Février, 2002
Hotline prévention

Par e-mail

02 48 48 11 63